Non, vous ne pouvez pas faire plusieurs choses en mĂŞme temps

Non, vous ne pouvez pas faire plusieurs choses en mĂŞme temps

Vous êtes fier de votre capacité à faire plusieurs choses en même temps ? Vous pensez que c’est la clé pour être plus productif ? Détrompez-vous. Votre cerveau vous ment.

Le multitâche, ce n’est pas une compétence, c’est un neuromythe. Une illusion qui nous fait croire que nous sommes super efficaces, alors qu’en réalité, nous sommes juste en train de saboter notre productivité, notre concentration, et même notre cerveau.

Le cerveau humain : un organe monotâche

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le cerveau humain n’est pas conçu pour faire plusieurs choses à la fois, surtout si ces tâches stimulent les mêmes ressources cognitives. En réalité, ce que nous appelons le multitâche est en fait un basculement rapide entre différentes tâches et ce basculement a un coût cognitif énorme.

Une étude publiée dans de Sergent et al., 2005 a montré que notre cerveau met 0,25 seconde, soit un quart de seconde, pour analyser une nouvelle tâche et s’y adapter. Cela peut sembler négligeable, mais multipliez cela par le nombre de fois où vous changez de tâche dans une journée, et vous comprendrez pourquoi vous vous sentez épuisé et peu productif.

Pire encore, une étude de Loh et Kanai (2014) a révélé que les personnes qui pratiquent régulièrement le multitâche, comme utiliser plusieurs écrans en même temps, voient leur matière grise se réduire dans le cortex cingulaire antérieur. Cette zone du cerveau est cruciale pour l’attention, la régulation des émotions et le traitement des informations. En d’autres termes, le multitâche abîme littéralement votre cerveau.

Pourquoi le multitâche est une illusion ?

Le coût cognitif du basculement

Chaque fois que vous passez d’une tâche à une autre, votre cerveau doit désengager ses ressources de la première tâche et les réallouer à la nouvelle. Ce processus, appelé "coût de changement" (switching cost), prend du temps et de l’énergie. Une étude de l’Université de Stanford (2009) a montré que les personnes qui font du multitâche mettent 40% plus de temps à accomplir leurs tâches que celles qui se concentrent sur une seule chose à la fois (Ophir et al., 2009).

Prenons un exemple concret comme lire un email tout en répondant au téléphone. Votre cerveau doit décoder le contenu de l’email, comprendre ce que dit votre interlocuteur et formuler une réponse. Ainsi, vous ne faites ni l’un ni l’autre correctement. Vous risquez de mal comprendre l’email, de donner une réponse inadaptée au téléphone et de vous épuiser inutilement.

La réduction de la matière grise

L’étude de Loh et Kanai (2014) a également montré que les personnes qui pratiquent intensément le multitâche, comme utiliser plusieurs écrans ou naviguer sur les réseaux sociaux tout en travaillant, ont une densité de matière grise plus faible dans le cortex cingulaire antérieur. Cette région est essentielle pour l’attention, la prise de décision et la régulation des émotions.

En conséquences, vous avez :

  • Moins d’attention pour agir efficacement.

  • Moins de capacitĂ© Ă  trier les informations qui vous parviennent.

  • Moins de rĂ©gulation des informations sensorielles et Ă©motionnelles (Ă–schner & Gross, 2005).

En somme, le multitâche ne vous rend pas plus productif, il vous rend juste moins intelligent.

Les conséquences du multitâches

La productivité

Une étude de 2015 a montré que les travailleurs qui pratiquent le multitâche voient leur QI temporairement chuter (Kratz, 2015). C’est comme si vous perdiez une nuit de sommeil en termes de capacités cognitives.

De plus, le multitâche augmente le stress. Une étude de l’Université de Californie (2012) a révélé que les personnes qui font du multitâche libèrent plus de cortisol, l’hormone du stress, ce qui peut mener à l’épuisement professionnel (Mark et al., 2012).

La santé mentale

Le multitâche a également un impact négatif sur la santé mentale. Une étude de 2013 a montré que les personnes qui pratiquent régulièrement le multitâche ont plus de difficultés à se concentrer, à organiser leurs pensées et à gérer leurs émotions (Rosen et al., 2013).

Ainsi, plus d’anxiété, plus de sentiment d’être submergé et moins de bien-être général.

Les relations sociales

Le multitâche nuit aussi à nos relations sociales. Une étude de l’Université de l’Utah (2012) a montré que les personnes qui utilisent leur téléphone en présence d’autres personnes (un comportement multitâche typique) sont perçues comme moins empathiques et moins engagées (Przybylski & Weinstein, 2012).

Ainsi, si vous êtes en réunion et que vous consultez vos emails ou vos messages, vos collègues se sentent ignorés et moins valorisés. Cela peut nuire à la cohésion d’équipe et à la collaboration.

Comment arrêter le multitâches et devenir plus productif ?

Saint Pomodoro

Une méthode simple et efficace pour éviter le multitâche est la technique Pomodoro. Elle consiste à travailler sur une seule tâche pendant 25 minutes, puis à prendre une pause de 5 minutes. Après quatre cycles, prenez une pause plus longue (15-30 minutes).

Ca fonctionne parce que cela force votre cerveau à se concentrer sur une seule tâche à la fois, réduisant ainsi le coût cognitif du basculement.

Stop les notifications

Les notifications sont l’ennemi numéro un de la concentration. Chaque fois que votre téléphone ou votre ordinateur émet une notification, votre cerveau est distrait, et il vous faut 23 minutes en moyenne pour retrouver votre concentration (Mark et al., 2018).

Désactivez toutes les notifications non essentielles. Utilisez des créneaux fixes pour consulter vos emails et vos messages.

Fermez les onglets inutiles

Avoir des dizaines d’onglets ouverts sur votre navigateur, c’est comme avoir des dizaines de tâches en cours. Votre cerveau est submergé, et vous perdez en efficacité.

Fermez tous les onglets inutiles. Un onglet = une tâche. Concentrez-vous sur une seule chose à la fois.

Le multitâche : une fausse bonne idée

Le multitâche, c’est comme courir sur un tapis roulant en pensant avancer. Vous dépensez de l’énergie, mais vous n’allez nulle part. Pire, vous abîmez votre cerveau et vous réduisez votre productivité.

Références scientifiques :

Sergent, C., Baillet, S., & Dehaene, S. (2005). Timing of the brain events underlying access to consciousness during the attentional blink. Nature Neuroscience, 8(9), 1201–1208.

Loh, K. K., & Kanai, R. (2014). Higher media multi-tasking activity is associated with smaller gray-matter density in the anterior cingulate cortex. PLoS One, 9(9), e106698.

Ophir, E., Nass, C., & Wagner, A. D. (2009). Cognitive control in media multitaskers. Proceedings of the National Academy of Sciences, 106(37), 15583–15587.

Kratz, T. (2015). The cost of multitasking. University of London.

Mark, G., Gudith, D., & Klock, U. (2018). The cost of interrupted work: More speed and stress. Proceedings of the CHI Conference on Human Factors in Computing Systems.

Rosen, L. D., Carrier, L. M., & Cheever, N. A. (2013). The media and technology usage attitudes scale: An empirical investigation. Computers in Human Behavior, 29(6), 2501–2511.

Przybylski, A. K., & Weinstein, N. (2012). Can you connect with me now? How the presence of mobile communication technology influences face-to-face conversation quality. Journal of Social and Personal Relationships, 30(3), 237–246.

Öschner, K. N., & Gross, J. J. (2005). The cognitive control of emotion. Trends in Cognitive Sciences, 9(5), 242–249.

© Jennifer Charvolin