
Prendre un petit-déjeuner équilibré, exceller au travail, être la meilleure version de soi-même, et ce, avec une apparence impeccable. L’objectif c'est la perfection.
Mais Ă quel prix ?
Notre vie est-elle vraiment meilleure grâce à cette optimisation constante ? Ou bien avons-nous perdu quelque chose d’essentiel en chemin ?
D'oĂą vient la pression du perfectionnisme ?
Dès l’enfance, nous sommes confrontés à ce que nous ne savons pas faire. Et c’est là que commence notre quête d’amélioration. Les échecs, les frustrations, les défis… tout cela nourrit notre motivation à progresser.
Mais attention car cette quête, autrefois individuelle et libre, est devenue une norme sociale écrasante.
À l’époque antique, la perfection n’était pas une quête individuelle mais un idéal collectif. Les philosophes comme Platon imaginaient une cité idéale où chaque citoyen pouvait s’épanouir. L'intérêt était de pouvoir créer une société harmonieuse, où l’excellence était au service du bien commun.
Avec le christianisme du Moyen Âge, la perfection prend une dimension spirituelle. Les fidèles cherchaient à se rapprocher de Dieu par l’ascétisme (jeûne, prière, mortification). Sainte Catherine de Sienne, par exemple, se flagellait et jeûnait pour atteindre cet idéal. Une quête si intense qu’elle en est morte d’épuisement à 33 ans. Aujourd’hui, les cilices ont été remplacés par les régimes extrêmes, la comparaison avec les réseaux sociaux ou encore les montres connectées mais l’obsession de la perfection persiste.
Au XVIIIᵉ siècle, avec les Lumières, la perfection se démocratise et devient personnelle. Emmanuel Kant résume cette idée avec son célèbre "Sapere aude" autrement dit "Ose savoir". L’accent est mis sur l’émancipation par la raison : chaque individu est responsable de son propre progrès. Il n'y a plus besoin d’attendre une validation divine ou sociale car la quête de perfection devient un voyage intérieur.
Nos sociétés modernes : des machines de perfectionnisme
Avec l’essor du capitalisme, la perfection devient une nécessité économique. Il faut être productif, rentable, compétitif. Les usines appliquent le taylorisme et le fordisme pour optimiser la productivité. Dans la société, cette logique s’étend à l’individu qui doit désormais s'optimiser lui même : régimes extrêmes, chirurgie esthétique, montres connectées, formations en développement personnel… Tout est bon pour maximiser sa valeur sur le marché du travail ou social.
Ainsi, nous sommes devenus notre propre entreprise avec un capital humain Ă rentabiliser.
Kim Kardashian incarne cette dérive extrême : "Je suis une marque. Mon corps, mon apparence, ma vie… tout est optimisé pour le succès." (Forbes, 2021)
L'ennui est que cette course n’a pas de fin :
dans le sport, les athlètes se dopent pour battre des records.
dans le travail, les employés s’épuisent pour gravir les échelons.
dans l’apparence, les gens se font opérer pour correspondre à un idéal inaccessible.
Les conséquences du perfectionnisme
1. Le perfectionnisme rend malade
Une étude de l’Université de Bath (Curran & Hill, 2018) a révélé que le perfectionnisme socialement prescrit (où l’on se sent jugé par les autres) a augmenté de 33 % entre 1989 et 2016 chez les jeunes générations. Ce type de perfectionnisme est associé à un stress chronique, une faible estime de soi, et une tendance à la rumination, ce qui augmente le risque de dépression et d’anxiété.
Prince Harry a partagé son expérience de se "sentir en dessous de la norme" en évoquant avoir souffert à cause de cela de dépression, d'angoisse et de stress post-traumatique, tout en chercher à atténuer sa souffrance psychique par l'usage de drogues.
2. Le piège du self-tracking
Les adeptes du quantified self (mesure de soi) utilisent des applications, montres connectées, régimes stricts pour tout contrôler : calories, nombre de pas, heures de sommeil, productivité… Le problème c'est que ces chiffres ne donnent pas de sens véritables à la quête recherchée : ils ne révèlent pas qui nous sommes, ni ne rendent plus heureux.
Tim Ferriss, auteur de La Semaine de 4 heures, a testé le self-tracking pendant des années : "Au final, je passais plus de temps à mesurer ma vie qu’à la vivre." (Tim Ferriss Blog, 2019)
3. Faire rouler le rocher jusqu'au sommet et recommencer
Comme Sisyphe, nous poussons un rocher (nos objectifs) jusqu’au sommet, pour le voir redescendre sans cesse car la perfection n’existe pas. Il s'agit de l'adaptation contemporaine du mythe grec de Sisyphe, utilisé comme métaphore de la condition humaine face à la répétition, à l'absurde et à la quête de sens.
L'échelle du perfectionnisme

3 pistes pour retrouver ton équilibre
1. Acceptez l’imperfection
Brené Brown (chercheuse à l'Université de Houston et spécialiste en vulnérabilité) explique que "Le perfectionnisme n’est pas la quête de l’excellence, mais la peur de l’échec." (TED Talk, 2010)
J.K. Rowling a écrit Harry Potter dans un café, sans savoir si ça marcherait : "J’ai accepté que mon premier jet soit nul. C’est comme ça que j’ai pu avancer." (The Guardian, 2008).
Ce que je vous propose pour accepter l'imperction :
Fixez-vous des objectifs réalistes au lieu de viser la perfection, visez le " c'est assez, je fais du mieux que je peux". Par exemple, au lieu de vouloir écrire un roman parfait, commencez par écrire une page par jour.
Célébrez vos progrès : notez chaque petite victoire dans un journal de gratitude.
2. Réduisez la pression sociale
Les réseaux sociaux amplifient le perfectionnisme en montrant une version filtrée de la réalité.
Une étude de l’Université de Pennsylvanie (Hunt et al., 2018) a prouvé que limiter son temps sur les réseaux sociaux réduit l’anxiété et la dépression.
Selena Gomez a fait une pause des réseaux sociaux : "Instagram me rendait anxieuse. J’avais l’impression de ne jamais être à la hauteur."
Ce que vous pouvez faire pour cesser cette comparaison :
Désactivez les notifications des réseaux sociaux.
Limitez votre temps d’écran à 30 minutes par jour.
Suivez des comptes inspirants, pas seulement des comptes "parfaits".
3. Trouvez un sens plus grand
Viktor Frankl, psychiatre survivant de l’Holocauste, disait : "La vie n’a pas de sens en soi. C’est à nous de lui en donner un."
Dwayne "The Rock" Johnson a réalisé que la perfection n’existe pas mais que l’effort, lui, compte : "Je ne suis pas parfait, mais je donne tout ce que j’ai." Il a également conseillez cela : "Ne vous concentrez pas sur la douleur. Concentrez-vous sur les progrès."
Voici un exercice pour trouver votre sens :
demandez-vous : "Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ?" (famille, santé, passions) ou autre formulation : "Comment je me sentirai si je perdais (mon mari, mes enfants, mon travail, ma guitare, ma capacité à ...)"
appréciez le process et l'effort plutôt que le résultat car le résultat dépend du chemin parcouru et de l'effort réalisé. Par exemple, si vous avez envie de vous muscler, ne regardez pas tous les jours vos pectoraux dans le miroir, mais tenez un journal et cochez chaque jour le nombre d'abdos, de tractions, d'exercice de musculation que vous avez fait.
Le perfectionnisme n'est pas une vertu
Quand j'étais chasseur de tête, j'ai toujours entendu "le perfectionnisme" à la question : "qu'elles sont vos qualités/défauts"
Aussi bien en tant qu'ex-recruteur et aujourd'hui en tant que préparateur mental, je le dis et le réaffirme : non, le perfectionnisme n'est pas une qualité.
L'endurance l'est. L'abnégation l'est. Le courage l'est. Mais pas le perfectionnisme qui tue à petit feu.
Le perfectionnisme c’est un piège. Un piège qui nous fait courir après un idéal inaccessible, au détriment de votre bonheur et de votre santé mentale.
Pour y remédiez, pensez à :
acceptez que l’imperfection fait partie de la vie.
concentrez-vous sur l’effort, pas sur le résultat.
trouvez un équilibre entre ambition et bien-être.
En préparation mentale, on appelle ça le fameux lâcher prise"
Références scientifiques :
1. Curran, T., & Hill, A. P. (2018). Perfectionism is increasing over time: A meta-analysis of birth cohort differences from 1989 to 2016. Psychological Bulletin, 144(4), 410–429.
2. Hewitt, P. L., & Flett, G. L. (1991). Perfectionism in the self and social contexts: Conceptualization, assessment, and associated psychopathology. Journal of Personality and Social Psychology, 60(3), 456–470.
3. Flett, G. L., & Hewitt, P. L. (2002). Perfectionism: Theory, research, and treatment. American Psychological Association (APA).
4. University of Bath. (2018, 5 janvier). Perfectionism linked to depression
5. Hunt, M. G., Marx, R., Lipson, C., & Young, J. (2018). No more FOMO: Limiting social media decreases loneliness and depression. Journal of Social & Clinical Psychology, 37(10), 751–768.

© Jennifer Charvolin