
Vous en connaissez, des connards ? Bien sûr que oui. Le collègue qui vous pique vos idées en réunion. Le voisin qui gare sa voiture sur deux places. Le mec en voiture qui ne vous laisse jamais passer au stop. Et surtout… celui qui, après vous avoir traité comme de la merde, vous dit avec un sourire : "C’est pour ton bien."
Le problème, c'est que le mot "connard", on l'utilise à tort et à travers. Mais derrière ce terme, il y a une réalité psychologique. Une structure de personnalité qui fait des dégâts. En entreprise, en famille, entre amis… et même en politique. Et la science, elle, a décidé de l'étudier sérieusement.
Pour la simple et bonne raison qu'il existe une échelle du connard. Et en côtoyer un au quotidien, ça coûte cher. Très cher.
En 2006, Robert Sutton, professeur à Stanford, a calculé que les connards coûtaient 24 milliards de dollars par an aux entreprises américaines (Sutton, 2006). Absentéisme, turnover, perte de productivité… Et ce n'est pas tout : ils détruisent des vies. Stress, burn-out, dépression…
Alors aujourd'hui, on va faire le tri. Comment reconnaître un VRAI connard ? Et surtout… comment ne pas en devenir un ?
Pour ça, on va plonger dans les études scientifiques. Parce que oui, les chercheurs ont passé des années à décortiquer le profil du parfait connard. Et ils ont même créé une échelle pour le mesurer.
Le portrait-robot du connard
En 2022, des chercheurs de l’Université de Géorgie (Brummelman et al.) ont mené une étude avec 400 participants. Ils ont dressé le portrait-robot du plus gros connard de leur vie. Immédiatement, tout le monde a su identifier de qui il s’agissait dans son quotidien et dans son entourage. Preuve que le connard, c'est un archétype universel.
Voici les 4 traits majeurs du connard :
Agressivité
Il crie, il rabaisse, il humilie. Pas forcément en face mais souvent en douce, avec des remarques passives-agressives.
Comme le chef qui vous dit "Tu as encore fait une erreur… comme d’habitude." ou alors "Ce n'est pas comme ça qu'on travaille" devant tout le monde.
Arrogance
Il se croit supérieur. Il a toujours raison et si vous osez le contredire, vous êtes un incompétent.
C'est le collègue qui coupe la parole en réunion pour dire "Non, non, moi je sais comment il faut faire."
Absence totale de considération
Il ne se soucie absolument pas de l'impact de ses actes sur les autres.
Comme le voisin qui fait du bruit Ă 3h du matin parce que "lui, il a le droit".
Manipulation
Il utilise les autres pour arriver Ă ses fins, sans remords.
C'est le commercial qui promet monts et merveilles à un client… puis disparaît une fois le contrat signé.
Le connard type, est généralement un homme d'une quarantaine d'années (University of Georgia, 2022). Pas toujours, hein. Mais les études montrent que les hommes sont plus souvent cités que les femmes. Pour la simple et bonne raison que la société tolère plus facilement l'agressivité masculine. Mais attention : les connasses existent aussi. Et elles sont tout aussi redoutables. Le choix d'écrire au masculin a été fait pour faciliter la lecture, mais gardez en tête que l'individu peut être aussi une femme.
La vraie question scientifique qu'on peut se poser en pareille situation est : Est-ce qu’un connard sait qu'il est un connard ?
La réponse des chercheurs est... OUI !
Dans 90% des cas, il sait pertinemment que son comportement dérange. Mais il s'en fiche. Pire encore, il en tire une forme de satisfaction.
Un peu comme le manager qui vous fait travailler jusqu'à 20h le vendredi soir, puis qui vous dit "C'est pour ton bien, ça va te forger !" Il sait très bien qu'il abuse mais il l'assume.

Le facteur D : l'échelle scientifique du connard
En 2018, trois psychologues Morten Moshagen, Benjamin Hilbig et Ingo Zettler ont publié une étude révolutionnaire dans Psychological Review. Ils ont découvert que tous les traits de personnalité toxiques (narcissisme, machiavélisme, psychopathie, égoïsme, sadisme…) partagent un noyau commun : le Facteur D, pour Dark Factor of Personality.
Qu'est-ce que le Facteur D ?
Il s'agit de la tendance à maximiser son propre avantage au détriment des autres, sans remords et en justifiant ses actes.
Le Facteur D se décompose en 9 sous-échelles :
Égoïsme
-Priorité absolue à ses propres intérêts : "Moi d’abord, les autres après."
Machiavélisme
-Manipulation froide et calculée : "La fin justifie les moyens."
Désengagement moral
-Justifier ses actes immoraux : "C’est si pas grave, tout le monde le fait."
Narcissisme
-Sentiment de supériorité : "Je suis meilleur que les autres."
Droit psychologique
-Croire que tout vous est dû : "Je le mérite, c'est normal."
Psychopathie
-Manque d'empathie, impulsivité : "Les émotions des autres, ça ne me concerne pas."
Sadisme
Plaisir à faire du mal : "Ça m'amuse de le voir souffrir. J'ai du contrôle sur l'autre, je le maitrise."
Intérêt personnel
Tout est bon pour soi : "Je vais l'utiliser pour arriver Ă mes fins."
Malveillance
Volonté de nuire : "Je veux qu'il paie pour ce qu'il m'a fait."

Une autre découverte a été réalisée par les chercheurs : le Facteur D est stable dans le temps. Ca veut dire que si vous êtes un connard à 20 ans, vous le serez probablement encore à 40 ans. Parce que c'est ancré dans la personnalité. Mais attention, il faut prendre un peu de recul, cela ne veut pas dire que c'est une fatalité. On peut travailler dessus… si on en a la volonté.
Comment devient-on un connard ?
D'après les études, trois facteurs expliquent l'émergence d'un connard :
1. La génétique
Selon des études en psychologie comportementale, jusqu'à 50% de notre tendance à l'égoïsme ou à l'altruisme serait génétique.
Ainsi, si vos parents sont des manipulateurs, vous avez statistiquement plus de risques de l'être aussi. Mais encore une fois, ce n'est pas une fatalité car l'environnement compte pour l'autre moitié.
2. L'éducation
En 2015, une étude de l'Université d'Amsterdam réalisée par Eddie Brummelman a montré que les parents qui survalorisent leurs enfants : "Mon enfant est supérieur aux autres", "Mon fils/ma fille est le/la meilleur/e" créent des narcissiques.
Ainsi lorsqu'un parent répète fréquemment à son enfant : "Tu es le plus intelligent, tu mérites ceci ou cela", il grandit en pensant qu'il est au-dessus des règles, au dessus des autres, qu'il vaut plus et mieux. C'est ainsi que cela contribue à le faire devenir un connard.
À l'inverse, les parents qui encouragent sans surestimer (amour + limites) développent une estime de soi saine.
3. Le contexte
En réalité, n'importe qui peut devenir un connard... avec les bonnes conditions... En 2006, des chercheurs de l'Université de Zurich (Daria Knoch et al.) ont mené une expérience. Ils ont inhibé le cortex préfrontal (la zone du cerveau qui contrôle les impulsions) de volontaires via des stimulations magnétiques. Les sujets sont devenus plus égoïstes et moins coopératifs. Lorsque le contexte est favorable, notre propension à devenir un connard s'accroît. Par exemple, lorsqu'on manque de sommeil, on devient plus irritable donc moins patient. Lorsqu'on a une grosse pression au travail, on peut se mettre à crier sur des collaborateurs ou notre famille. Lorsqu'on a vraiment très faim, on peut se mettre à couper la filer d'attente juste pour obtenir plus rapidement son sandwich.
Tout cela pour dire que le connard n'est pas forcément toujours un monstre. Parfois, c'est juste quelqu'un de fatigué, de stressé... ou de mal éduqué...
Le connard au travail
Si les connards pullulent au travail, ce n'est pas un hasard. Le système les favorise. Pour la simple et bonne raison que dans un environnement compétitif, l'agressivité et la manipulation paient… à court terme.
C'est la raison pour laquelle, un commercial qui écrase ses collègues pour signer un contrat est récompensé. Tout comme lorsqu'un manager humilie son équipe pour soit disant booster sa productivité, cela contribuera à sa promotion.
Il est démontré qu'un connard a une plus grande propension à grimer les échelons.
Cela dit, ce dernier représente aussi un coût non négligeable pour l'entreprise.
Robert Sutton a calculé que :
un seul connard en entreprise peut coûter 130 000 € par an du fait de l'absentéisme, le turnover et la perte de motivation des collaborateurs.
24 milliards de dollars par an pour les entreprises Américaines.
Et ce n'est pas tout car :
les équipes se démotivent. C'est vrai, qui a envie de bosser pour un connard ?
les meilleurs partent. Evidemment, les talents fuient les environnements toxiques.
l'ambiance pourrit parce que le connard est comme un virus : il contamine tout le monde
Comment les entreprises gèrent-elles les connards ?
Certaines entreprises ont adopté une politique "zéro connard".
Chez Netflix, c'est tolérance zéro pour les "imbéciles brillants" même s'ils sont compétents.
Chez Google, l'évaluation à 360° permet de repérer les comportements toxiques puisque le collaborateur est évalué par ses supérieurs, par ses collaborateurs et par les personnes qu'il manage.
Bien entendu, au delà de ces exemples, se débarrasser d'un connard c'est très difficile. Parce que souvent, il performe... Alors l'entreprise ferme les yeux... souvent jusqu'à ce que ce soit trop tard.
Comment éviter de devenir un connard ?
Tout d'abord, prenez conscience de votre Facteur D en faisant le teste (ci-dessus. Si vous ĂŞtes au dessus de 20, faites attention de revoir votre comportement.
Développez votre empathie en vous posant cette question :
"Est-ce que mon comportement fait du mal Ă quelqu'un ?"
Si la réponse est oui, changez le.
Apprenez à gérer votre stress. Car un connard, c'est souvent quelqu'un de mal dans sa peau. Dormez bien, mangez bien, faites du sport, faites de la préparation mentale, bref, prenez soin de vous pour ne pas devenir toxique pour les autres.
Comment se protéger d'un connard ?
Si vous en croiser un, ce qui est quasi inévitable, voici la marche à suivre :
Règle n°1 :
Ne répondez pas à la violence par la violence car un connard adore les conflits. Ne lui donnez pas cette satisfaction, ne lui donnez pas votre énergie, ne lui donnez pas de grain à moudre.
Règle n°2 :
Documentez tout. Si c'est au travail, notez les dates, les faits, les témoins. Passez par l'écrit car un connard a peur des preuves.
Règle n°3 :
Parlez en. A votre manager, à votre médecin, à vos proches. Un connard isole souvent ses victimes. Ne le laissez pas faire.
Règle n°4 :
Quittez le navire si nécessaire. En bon marin, il est rare que je recommande ce type de manoeuvre. Mais si rien ne change, partir est parfois la seule solution. Votre santé mentale n'a pas de prix.
Tout d'abord, prenez conscience de votre Facteur D en faisant le teste (ci-dessus. Si vous ĂŞtes au dessus de 20, faites attention de revoir votre comportement.
Développez votre empathie en vous posant cette question :
"Est-ce que mon comportement fait du mal Ă quelqu'un ?"
Si la réponse est oui, changez le.
Apprenez à gérer votre stress. Car un connard, c'est souvent quelqu'un de mal dans sa peau. Dormez bien, mangez bien, faites du sport, faites de la préparation mentale, bref, prenez soin de vous pour ne pas devenir toxique pour les autres.
Mes sources :
Moshagen, M., Hilbig, B. E., & Zettler, I. (2018). The dark core of personality. Psychological Review, 125(4), 656–688.
Moshagen, M., Zettler, I., & Hilbig, B. E. (2020). Measuring the dark core of personality. Psychological Assessment, 32(2), 182–196.
Zettler, I., Moshagen, M., & Hilbig, B. E. (2021). Stability and Change: The Dark Factor of Personality Shapes Dark Traits. Journal of Personality and Social Psychology.
Sharpe, B., Hyatt, C., Lynam, D., & Miller, J. (2022). "They Are Such an Asshole": Describing the Targets of a Common Insult Among English-Speakers in the United States. Collabra: Psychology.
Brummelman, E., Thomaes, S., Nelemans, S. A., Orobio de Castro, B., Overbeek, G., & Bushman, B. J. (2015). Origins of narcissism in children. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(12), 3659–3662.
Knoch, D., Pascual-Leone, A., Meyer, K., Treyer, V., & Fehr, E. (2006). Diminishing reciprocal fairness by disrupting the right prefrontal cortex. Science, 314(5800), 829–832.
Vernon, P. A., Villani, V. C., Vickers, L. C., & Harris, J. A. (2008). A behavioral genetic investigation of the Dark Triad and the Big Five. Journal of Research in Personality, 42(4), 1012–1020.
Sutton, R. I. (2006). The No Asshole Rule: Building a Civilized Workplace and Surviving One That Isn’t. Business Plus.

© Jennifer Charvolin